Préface du livre

Présentation des croix de fer forgé et de leurs attributs
ou tableau récapitulatif des attributs des croix de fer forgé du Gers

Extraits de la communication à la Société Archéologique et Historique du Gers. (documentation mise à jour le 5 mars 2013)

L'auteur de ce travail de recherche, Annie Castan, a utilisé les cartes IGN pour trouver des emplacements théoriques... car il arrive parfois qu'il n'y ait plus ni route, ni croix. Cependant, ces cartes constituent une excellente méthode d'approche du terrain.
Outre le nombre imposant des croix inventoriées, près de 600, un examen de divers éléments de cet inventaire, nous révèle plusieurs points qui me semblent intéressants à connaître. Sur les 463 communes du Gers on trouve des croix de fer forgé dans plus de 300 d'entre elles.
On comptait 10 croix à Pujaudran. A Auch, il y en a toujours 10 et à L'Isle-Jourdain, on en trouve 7.
Si on examine la répartition géographique de ces croix, on remarque une densité plus forte au sud-est du département qui s'atténue, mais se prolonge dans le sud, tandis que le nord est moins bien équipé. Cependant, les zones qui ont une faible densité de croix de fer forgé ont fréquemment des croix de pierre.
L'examen des styles de la décoration ou des attributs nous montre la présence de forgerons de grand talent. On pense notamment à Jean-Pierre Bertin qui a fortement marqué sa zone d'activités... que les croix de fer forgé soient son œuvre ou celle de ses élèves ou encore de ses imitateurs. Paul Mesplé a consacré une étude mettant en valeur la qualité de son travail et sa renommée qui lui valut de participer au Salon de l'Académie Royale de Peinture, Sculpture et Architecture de Toulouse en 1786. Or, Paul Mesplé a trouvé la croix de Laymont signée et datée sous la forme :       PIERO BERTIN M 1769 Aujourd'hui, plus rien ne subsiste de cette inscription.
On trouve d'autres croix de même style, avec des similitudes frappantes à : Aurimont, Castillon-Savès, Endoufielle, Garravet, Gaujac, Labastide-Savès, Lahas, Lombez, Monblanc, Monferran-Savès, Montpezat, Nizas, Noilhan, Polastron, Pompiac, Puylausic, Saint-Lizier du Planté, Samatan, Sauveterre, Seysses-Savès, Simorre.
 Autre exemple, une croix de Cologne est datée 1814. On trouve une croix pratiquement identique à Mauvezin, signée F. LF et datée 1817, et une troisième à Monbrun, datée 1838. Mais les croix de : Beaupuy, Crastes, Lussan, Marsan, Monfort, Puycasquier, Saint-Antonin, Saint-Caprais et Tirent-Pontejac sont fort probablement produites dans le même atelier. Sur ces douze croix, sept sont datées entre 1814 et 1846. Cet examen attentif nous montre aussi l'influence des "donneurs d'ordre", en l'occurrence les missionnaires et les évêchés. L'ancien évêché de Lombez est le siège d'une implantation de croix nombreuses et de grande qualité exécutées pour une large part par Jean-Pierre Bertin ou sous son inspiration.
L'ancien évêché de Lectoure suscite lui aussi une grande activité créatrice de fort belles croix de fer forgé. Les plus importantes ont double épaisseur, elles ont quatre pieds de fer. Deux de ces croix se trouvent dans le petit village de Pergain-Taillac. Une à l'entrée du village, l'autre au cœur du cimetière. Six autres villages : Flamarens, Gimbrède, Lectoure, Miradoux, Saint-Mézard et Sempesserre en possèdent un exemplaire. Mais, en quittant le Gers pour le Lot et Garonne, on remarque que les croix d'Astaffort et de Layrac sont de la même veine. Cette constatation nous prouve qu'une étude de même nature pourrait être conduite avec profit dans les départements voisins afin de confronter les résultats des observations faites et peut-être de découvrir de nouvelles motivations, de nouveaux ateliers ou de nouvelles influences.
Seules 24 croix de fer forgé sont signées... ou ont une signature encore perceptible, la rouille ayant fait son œuvre. Enfin ces croix ne sont pas toutes datées, loin s'en faut, puisque environ un tiers porte une date lisible irréfutable... et encore, pour certaines, la date est inscrite sur le socle qui a très bien pu porter auparavant une croix de nature différente.
Parmi les croix de fer forgé datées, on en compte 7 du XVIII°, 102 du XIX° et 16 du XX°. La plus ancienne est implantée à Ladevèze-Rivière et porte la date de 1748.
Le plus passionnant de cet inventaire, outre le plaisir de découvrir à l'extrémité de petits chemins, des villages d'une profonde beauté, aura été de constater à chaque nouveau passage dans une commune les progrès réalisés dans la mise en valeur de ce patrimoine abandonné jusqu'alors dans de trop nombreux cas. Il est difficile de citer des lieux et pourtant comment ne pas dire notre étonnement en revenant à Peyrusse-Grande et en découvrant des ouvriers terminant le rejointoiement des pierres des socles des croix du village. Des zones à peine présentables deviennent ainsi, sous l'impulsion de l'idée lancée par M. l'abbé Loubès et devant l'intérêt manifesté par les promeneurs pour ces joyaux laissés par nos ancêtres, des pôles de promenade en attendant de retrouver peut-être un jour le rôle éducatif qu'avaient ces croix, tout comme les vitraux des églises pour l'instruction religieuse des populations.
Examinons de plus près les attributs rencontrés sur les croix qui en comportent afin de chercher à comprendre les motivations des créateurs.
Nous laisserons de côté les Christ qui, pour si respectables qu'ils soient, ne peuvent être interprétés comme ayant un rôle pédagogique au même titre que certains "véritables" attributs.
On rencontre plus de 2000 attributs  - à ce nombre, il conviendrait d'ajouter ceux qui n'existent plus, mais dont il reste des tiges ou d'autres traces visibles de leur existence antérieure - soit une moyenne sensiblement égale à 9 attributs par croix et quelques records atteints à : Simorre avec 22 attributs; Puylausic : 20; Pergain-Taillac et Lombez : 19. Enfin à Auch 18 attributs; En tout on compte 16 croix ayant plus de 15 attributs.
Certains attributs figurent en quantité tellement faible qu'il ne me semble pas utile de nous attarder longuement sur leur présence. C'est le cas des : lanterne, main, tête et tibias, colonne et des "divers".
L'emplacement essentiel au niveau du symbole, le centre de la croix, est occupé par un cœur et (ou) une couronne d'épines dans presque tous les cas.

Il y a quelques exceptions : A Saint-Antoine, le symbole de l'agneau et du livre de l'Apocalypse qui me semble chargé d'autres valeurs : douceur, innocence, espérance du retour du Messie à la fin des temps.
En examinant de près les détails, on prend conscience de l'empreinte toute personnelle que les forgerons ou les "donneurs d'ordre" ont laissée en choisissant une interprétation diversifiée qui ajoute à la grandeur de l'ensemble de l'œuvre accomplie dans notre département. Cependant, à défaut de traces écrites, il n'est pas possible de connaître les raisons qui ont guidé leurs choix.
Dans le classement des attributs dans l'ordre croissant de présentation sur les croix de fer forgé, il convient d'apporter quelques correctifs aux chiffres bruts. Par exemple, les verges et fouets utilisés pour la flagellation sont reproduits respectivement 17 et 47 fois, soit au total 64 fois. Ce total doit être pris en compte si l'on veut chercher le niveau de pénétration de l'idée religieuse dans le peuple ou dans le clergé de l'époque. 3 autres attributs : aromates, vase ou aiguière ont une signification voisine et figurent 56 fois. De la même manière, il convient d'ajouter les ciboires (il y en a 6), les 9 ostensoirs et les 7 hosties aux 70 calices. C'est chaque fois le symbole du corps du Christ qui survit à la Passion à travers l'Eucharistie et ces symboles sont donc présents 90 fois.
Il est important de noter que les "vrais" symboles de la Passion, marteau, clous, tenaille, INRI, échelle figurent entre 148 et 190 fois chacun - un peu moins pour les clous... mais ils résistent moins bien aux intempéries à cause de leur fragilité. Quant aux attributs aussi significatifs, mais qui touchent le plus vivement le cœur des gens, on trouve : l'éponge pour offrir le vinaigre à boire au supplicié, la lance pour lui percer le côté, la couronne d'épines reproduits - et conservés - à plus de 190 exemplaires.
Je voudrais revenir sur la croix de Saint-Antoine. C'est là que se trouve l'agneau sur le livre de l'Apocalypse au centre de la croix. Et pour ajouter à ce symbole si attendrissant et si chargé d'espérance, dans la partie basse de la croix, à mi-hauteur, se trouve le cœur, surmonté de flamme et transpercé d'un petit poignard. Ce sont les seuls attributs de cette croix. Le réalisateur est vraiment sorti des représentations traditionnelles, il a pris quelques libertés pour mieux atteindre le cœur de l'homme tout comme le poignard dans le cœur du crucifié. Pour ajouter au charme de cette croix, elle est garni d'une très délicate décoration montrant tout le talent du forgeron et tout le sens artistique du créateur. Cette croix, non signée, est datée de 1879.

Présentation à la Société Archéologique du 6 mars 2013                  

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Lorsqu'en avril 1992 M. l'abbé Loubès lançait le concours de recensement des croix de fer forgé du Gers, à travers l'association des Amis des Églises Anciennes du Gers, il ne pensait pas que nous en serions aujourd'hui à une 8° édition de cet ouvrage.
Et pourtant nous y voici !
Annie Castan a gagné ce concours avec plus de 100 croix recensées à l'est du département et notre amie, Mme le docteur Colette Lary, qui a obtenu le second prix, lui a remis le résultat de ses recherches effectuées à l'ouest du Gers afin de poursuivre le recensement de ce petit patrimoine.
Un nouvel élan soufflait sur cette recherche. Il suffisait de partir, voir les croix et les dessiner afin de bien identifier les "attributs" de la passion qui ornent souvent ces croix de village ou des champs. Ainsi commence un périple de près de trois ans et 30.000 km à travers le Gers.
C'est ainsi que fut réalisé par notre association, le Centre d'Étude, de Recherche et d'Édition de Marestaing, la première édition du livre "Les croix de fer forgé du Gers" en octobre 1994. Les Amis des Églises Anciennes du Gers n'ayant pas souhaité éditer cet ouvrage.
A la demande de votre président, M. Courtès, j'ai présenté ce travail d'Annie Castan devant votre société, le 4 janvier 1995.

Dès les premières années, l'influence ou la nécessité de cet inventaire se révélait. Voici quelques exemples vécus.
En 1996, le maire de Marestaing choisissait un modèle de croix simple, dans ces dessins pour remplacer 2 croix en bois disparues depuis de très longues années. Après la tempête de décembre 1999, la grande croix de Lombez étant écroulée et disloquée, Mme Gazeau, alors Présidente des Amis des Églises Anciennes du Gers fournit au forgeron local le dessin extrait du livre afin qu'il puisse reconstituer la croix d'origine. M. Bouchard réalisa un travail remarquable et en profita pour ajouter un coq sur cette croix.
C'est avec des exemples vécus de restaurations par des associations ou des communes ayant trouvé utile cet ouvrage que nous avons continué de l'éditer au cours des ans, enrichi chaque fois des restaurations parfois spectaculaires… comme celles de 2 croix de Lectoure dont il ne restait plus que d'effroyables lambeaux. C'est d'ailleurs le seul cas où nous avons maintenu dans ce livre les dessins des 2 croix, l'ancienne et la nouvelle. Toutes les autres restaurations ont été faites en conservant l'allure générale de l'ancienne, ce qui était impossible à Lectoure.
Et c'est ainsi que le recensement avoisine, à cette époque, les 400 croix de fer forgé.
Sans pouvoir citer tous les cas où cet ouvrage a servi de référence, il convient de mentionner la commune de Maignaut-Tauzia.
Une association, "Maignaut-Passion" décide en 2009 de restaurer la grande croix du village. Après consultation du site de Marestaing qui publie sur Internet tous les dessins d'Annie Castan, M. Serge Belliard, président de cette association, prend contact avec nous pour connaître les références et la justification de la présence d'une tige au sommet de leur croix (coq disparu bien sûr !).
Nous avons répondu à sa demande et son association a entrepris de photographier les coqs des 38 croix de villages, les plus proches de leur commune. Ils ont ainsi pu choisir le modèle qui paraissait convenir le mieux à leur croix.
Autres exemples, l'association Belle-Garde de Gondrin a restauré la grande croix après la tempête de 2009. Sur leur site, ils ont repris la présentation que j'ai faite devant votre société en 1995, les explications de M. l'abbé Loubès sur les attributs des croix et la description des symboles de leur croix présents sur le livre des croix de fer forgé du Gers et sur Internet.

Un élément nouveau d'importance allait révolutionner ce travail.
C'est le départ à la retraite de M. Jean-Michel Rollet en 2008. Son épouse, Isabelle, lui offre un vélo et le voici sur les routes gersoises, muni d'une carte Ign et d'un appareil photographique à la recherche de tout ce petit patrimoine rural : croix de fer forgé, de fonte, de pierre, de bois, chrismes, statues, lieux de culte, oratoires. Rien ne lui échappe (ou presque). Il a accompli environ 270 circuits à vélo pour faire le tour du Gers.
Et c'est ainsi qu'ayant vu sur Internet les dessins de ces croix, il prend contact avec nous en nous signalant celles qu'il trouve et que nous ne connaissions pas et celles qu'il ne trouve pas puisqu'elles ont disparu. Un véritable lien d'amitié se tresse entre nous et après quelques années de vélo pour lui, de dessins pour Annie Castan et de mise en page ou en ligne pour moi, nous nous trouvons en présence d'un travail immense de mémoire de ce petit patrimoine rural.
Encouragés par ces photos de Jean-Michel Rollet, par les sollicitations d'amis, de M. Courtès, de M. Belliard de "Maignaut-Passion", nous avons pris la décision de rééditer pour la huitième fois, sous la forme de dessins pleine page et de photos couleurs en fin de volume, ces "Croix de Fer Forgé du Gers". Au total, nous aurons donc publié près de 300 exemplaires de ce livre.
Pour celles qui ont disparu, on trouve les dessins anciens, mais pas les photos.
Le cas le plus regrettable est celui de Fleurance. La grande croix monumentale, dite de "La Vignette" doit être remise en place depuis plusieurs années. Espérons simplement, qu'un jour, les promesses soient tenues et la croix installée dans le jardin créé à cet effet.
Cet ouvrage ne parle que des croix de fer forgé… celles que nous avons trouvé… actuellement près de 600 croix. Bien évidemment, il peut y en avoir d'autres. Il doit y en avoir d'autres. C'est ce que nous pouvons souhaiter de mieux. Que des bonnes volontés se manifestent, que des croix sortent de l'oubli, et d'autres, après nous, continuerons ce travail.

Pour ce qui concerne tout ce petit patrimoine rural, nous avons créé un site Internet qui lui est spécialement dédié : "http//patrimoineruralgers.free.fr"
Il regroupe plus de 7.000 éléments : croix de toute nature, statues, lieux de culte, oratoires, petites croix, chrismes, etc. avec renvoi pour certains vers "http://Marestaing.free.fr", rubrique croix de fer forgé ou oratoires.
Quelques chiffres de fréquentation de ces sites :
Sur "patrimoineruralgers", il y avait lors de sa création environ 1.000 visites par mois,. Actuellement il y en a en moyenne, 4.500 par mois.
Sur "marestaing", les visiteurs recherchent surtout, les croix, les oratoires, les témoignages sur le chemin de Compostelle, la ronde des crèches du canton de Miradoux.
La moyenne est de 3.500 visites par mois.
En janvier 2013 il y a eu 11.350 pages visitées et plus de 50.000 fichiers ouverts, avec une pointe de 1.000 visites pour la journée du 30 janvier.
Ceux qui ont l'habitude de naviguer sur Internet le savent sans doute, il y a une bibliothèque mondiale créée par Google. Dans cette bibliothèque nous avons mis à disposition gratuitement, de nombreux ouvrages et en particulier une édition précédente du livre sur les croix de fer forgé du Gers. Ces livres, depuis le 26 mars 2007 ont été consultés plus de 5.000 fois et près de 30.000 pages ont été vues.

Et je vais conclure par un dernier exemple.
La croix de Courrensan, détruite pendant la tempête de 1999, a été restaurée et remise en place sans son socle. Heureusement, nous avons le dessin de ce socle et de sa croix et nous savons ainsi qu'elle fut implantée à la suite d'une mission en 1812.
Merci de votre attention et surtout merci pour tous ceux qui entretiennent, restaurent et conservent, malgré les tempêtes, ces témoignages laissés par nos aïeux. Nous leur devons bien ça ! pour ce patrimoine, pour nos aïeux, pour nos forgerons.